Ariane 6 : une source de croissance pour l’Europe, la France… et la Guyane

A picture released by CNES Arianespace shows the European launcher Ariane 5 blasting off on July 8, 2008 at the Kourou base in French Guiana to place Protostar and Arabsat satellites in orbit. The Ariane 5 ECA launcher is the most powerful one of the European Space Agency (ESA). AFP PHOTO ESA/CNES/ARIANESPACE

Tribune publiée sur Le Plus – Nouvel Obs’

 

« Ariane décolle, la Guyane reste au sol », tel est l’adage, devenu presque proverbe populaire, lorsque l’on aborde la question du rapport de la Guyane au Centre Spatial Guyanais (CSG).

Ce dernier, devenu en quelques décennies le premier port spatial au monde pour le lancement de satellites commerciaux, a fait l’objet, il faut bien l’avouer, de nombreux fantasmes d’embellies économiques consécutives à son inauguration.

Hélas, les promesses de nouvel eldorado nées lors de l’annonce en 1964 par le général de Gaulle de la création sur ces terres d’Amazonie d’une porte d’entrée européenne sur l’espace semblent aujourd’hui bien loin.

L’activité spatiale n’a pas eu les effets escomptés

Si le CSG, fort de ses quelques 10.800 emplois directs et indirects, soit pas moins de 30% de la masse salariale privée locale, occupe une place prépondérante dans le paysage économique guyanais, force est de constater qu’il n’a tout simplement pas eu tous les effets d’entrainement escomptés.

L’activité spatiale représente à elle seule 40% des recettes fiscales issues de l’octroi de mer et l’économie guyanaise, loin d’avoir profité pleinement de cette locomotive, souffre toujours d’une absence cruelle de diversification.

Par ailleurs, comment oublier que la Guyane, théâtre de cette vitrine de l’excellence française, continue de composer avec un chômage endémique atteignant les 23% de sa population active, ou encore que certains quartiers de Kourou, dont les nuits sont fréquemment illuminées par les tirs d’Ariane, Vega et Soyouz, peinent à retrouver leur quiétude.

Que dire encore du fait que vouloir utiliser son téléphone cellulaire, une fois quitté les centres urbains, relève du challenge, alors même que les lanceurs précités permettent aux utilisateurs des quatre coins du globe de bénéficier des dernières technologies en matière de communications.

Faire de l’espace une valeur ajoutée

Toutefois, il ne s’agit pas ici de nier les bénéfices de l’activité spatiale en Guyane, et encore moins de remettre en cause la place de cette activité au sein des politiques globales française et européenne. Bien au contraire !

Nous devons nous positionner, et en particulier nous, élus de Guyane, pour qu’un véritable souffle nouveau au secteur spatial inspire une refonte en profondeur de notre politique en la matière.

Il nous appartient de militer pour une politique spatiale certes compétitive, mais également audacieuse et résolument inscrite dans son espace guyanais et européen. Car là réside bel et bien le cœur du défi : allier compétitivité, cohésion européenne et insertion réelle et efficace de l’activité dans son écosystème direct.

En somme, faire de l’espace une véritable source de croissance et de valeur ajoutée pour la France, l’Europe, mais aussi et résolument pour la Guyane.

Repenser vite notre vision de l’espace

Cette urgence de repenser notre vision de l’espace, qu’elle soit scientifique ou économique, trouve écho dans un référé de la Cour des comptes du 4 avril 2013. Le constat est sans appel : notre politique spatiale est trop coûteuse et profite exagérément aux autres pays. Il faut dire que nous assumons seuls 60% des coûts du programme Ariane et 80% de ceux du CSG.

Pire, dans un rapport de septembre 2014, la Cour des Comptes s’en prend directement à l’Agence spatiale européenne notant que le taux d’intermédiation prélevé par l’ESA sur la contribution française au développement du centre de Kourou « a presque triplé en dix ans, passant de 2,9 à 8,2 % […] alors que les coûts totaux des programmes ont baissé ».

Au-delà de cette problématique du rapport coûts/avantages se pose celle, aux incidences dramatiques localement, de l’avenir des installations Soyouz. Les engagements russes ne courent en effet que jusqu’en 2016.

Quid de ces installations au lendemain de l’officialisation du programme Ariane 6 qui a justement vocation à concurrencer Soyouz sur le marché international ? Qu’en sera t-il du programme Vega au regard de son caractère très peu compétitif ?

La France doit adopter une position de leadership

C’est pourquoi il semble impératif que le gouvernement définisse rapidement, de manière claire et cohérente, les orientations qu’il souhaite donner à notre programme spatial.

Parallèlement nous devrons adopter une position de leadership afin que nos partenaires européens embrassent ces ambitions pour en faire un vecteur de la cohésion communautaire. Il en va certes de l’avenir du premier secteur industriel guyanais, mais surtout du rayonnement politique et stratégique de la France et de l’Europe.

En ce sens, l’accord historique conclu mardi est à saluer et ouvre de nouvelles perspectives réjouissantes.

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