Droit d’asile : oui, il y a des abus. Ne laissons pas ces enjeux à l’extrême droite.

Coucher de soleil sur l'Oyapock vu du Bresil. Parc Amazonien de Guyane. French Guiana Amazonian Park. Guyane, FRANCE - 06/2011./Credit:JOBARD/COEURS DE NATURE/SIPA/1112292008

Tribune publiée sur Le Plus – Nouvel Obs’

« Un système à bout de souffle », voilà la formule circonstanciée qui semble avoir été consacrée par l’ensemble des élus et des journaliste s’exprimant sur le droit d’asile en France depuis que le ministre de l’Intérieur a annoncé le chantier de cette réforme il y’a maintenant un an et demi (Manuel Valls à l’époque).

Pourtant, et malgré le caractère polémique de la matière, c’est dans une indifférence quasi-générale que débutent aujourd’hui, dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, les débats sur le projet de loi portant réforme du droit d’asile. Il faut dire que réformer l’accueil des étrangers en situation de grande souffrance dans leur pays d’origine relève littéralement du casse tête chinois pour la nation des droits de l’homme. Qui plus est lorsque celle-ci a à sa tête un gouvernement de gauche.

Le droit d’asile est un devoir pour notre pays

Rarement celui-ci n’aura eu autant l’impression de marcher sur des œufs depuis le début du quinquennat qu’avec ce texte qui ambitionne d’une part de satisfaire les exigences de l’Union européenne et des associations en offrant aux candidats au statut de réfugié une protection accrue mais également à celles d’une population exaspérée qui a fait de la chasse aux fraudeurs l’une de ses principales préoccupations dans un contexte d’effort collectif au redressement des comptes publics.

Il faut dire que jusqu’au début des années 90, la frontière entre politique de l’immigration et droit d’asile était clairement établie. Ce dernier constitue en effet un devoir tant moral que conventionnel pour notre pays, signataire de nombreux accords internationaux prévoyant la mise en place d’un système de protection des personnes demandant le statut de réfugié car persécutés dans leur pays d’origine.

Toutefois, la pratique a rapidement troublé les lignes, pour finalement rendre les deux sujets indissociables.

C’est particulièrement vrai dans les départements d’Outre-mer que sont Mayotte et la Guyane. Dans ce dernier, on recense 22 demandeurs d’asile pour 10.000 habitants, contre 15,6 en Île-de-France ou encore 8,3 en Rhône-Alpes, régions les plus concernées de France hexagonale.

Une question que se sont appropriée Mayotte et la Guyane

Ces deux territoires, éloignés de dizaines de milliers de kilomètres l’un de l’autre, connaissent des contextes migratoires empreints de similarités.

Morceaux d’Europe insérés dans des écosystèmes directs en voie de développement, ils ont acquis au fil du temps la réputation d’eldorados pour les populations environnantes.

Malheureusement, ces départements souffrent tous les deux de taux de chômage endémiques. Leurs économies ne se sont non pas bâties sur des marchés locaux solides et capables d’absorber une main d’oeuvre arrivant en masse mais sur un système social français aussi généreux qu’inadapté aux particularismes de ces territoires d’Amazonie et d’Afrique.

Aussi, depuis longtemps, les classes politiques de ces deux territoires ancrés à gauche ont compris que les questions liées à l’asile et à l’immigration ne sont pas tabous et surtout, qu’elles ne doivent pas être réservées aux parties de droite, voir d’extrême droite, au risque de faire le jeux d’idéologies purement incompatibles avec ces régions en devenir.

Prendre en compte les contextes de tous les territoires

Non, admettre que le système de droit d’asile français actuel est gangrené par les abus, ce n’est pas remettre en cause la place des populations immigrées légalement installées sur ces parties du territoires national. Non, ce n’est pas oublier nos histoires riches qui se sont écrites aux rythmes des rencontres et des mélanges de peuples venus de tous les horizons.

C’est simplement admettre, une fois n’est pas coutume, que des réglementations pensées pour des situations hexagonales sont manifestement inadaptés aux réalités ultra-marines, au point de risquer de mettre en péril des équilibres qui ont mis des décennies à se constituer.

Militer pour que ce droit d’asile soit pensé en prenant en compte les contextes migratoires des territoires, c’est oser regarder la réalité enfin en face et comprendre l’indignation d’une population, la plus jeune de France, plongée dans un chômage de masse et éprouvant d’énormes difficultés à se loger décemment face à un système pris à son propre piège.

Une réalité que les collectivités ne peuvent plus assumer

Ici, les autorités estiment que la demande d’asile est utilisée par près de 96% des candidats au statut de réfugié comme obstacle aux éventuelles mesures d’éloignement et comme ouverture à l’Allocation temporaire d’attente (bientôt remplacée par l’Allocation aux demandeurs d’asile), ainsi qu’à l’Aide médicale d’État. Pour reprendre les termes du projet de loi, le système actuel, tout comme celui prévu par la réforme est manifestement une « incitation au détournement de la procédure d’asile à des fins migratoires« .

C’est bien simple, seules 2,3% des demandes enregistrées en Guyane trouvent une issue favorable, contre 9.4% au niveau national. Par comparaison, 80% de demandes d’asiles ayant une réponse favorable dans les années 90.

Loin des considérations qui avaient inspirées les fondements de notre droit à l’asile, composante de la fraternité chère à notre devise nationale, son cadre actuel s’est mué en véritable appel d’air à l’immigration clandestine dans nos départements d’Outre-mer. Et c’est parce que nous sommes des hommes de gauche que nous nous soucions de la réalité que traduit ces chiffres : des hommes et des femmes à loger, des enfants à scolariser, des services publics à fournir, autant de responsabilités, que nos collectivités locales ne sont plus en mesure d’assumer.

Redonner du sens

Il nous appartient dès lors de ne pas rater l’occasion que représentent les discussions qui débutent ce mardi 9 décembre.

Elles doivent nous permettre, dans le cadre de nos obligations communautaires, de redonner du sens à ce droit d’asile, d’en faire une véritable incarnation de l’éthique de notre nation. Toutefois, ce devoir d’asile ne doit en aucun cas se traduire par une charge insupportable pour nos collectivités et populations locales.

Nul doute que les élus d’Outre-mer, majoritairement de gauche, sauront le rappeler à la représentation nationale.

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