Francophonie : le français, bientôt la 2e langue du monde. Créons une vraie union !

Tribune publiée sur Le Plus – Nouvel Obs’

 

« Sur un continent où se battaient en duel espagnol et portugais, le français trouve un havre de paix en Guyane, devenu seul territoire francophone d’Amérique latine. Là, sur moins de 90.000 km2 se côtoient des citoyens des toutes les couleurs et venus des quatre coins du monde.

Ils s’expriment en créole, en amérindien, en bushinengué, en portugais, en hmong, en cantonais ou encore en espagnol. Mais entre eux, ils parlent créole mais surtout français, langue de la République et vecteur du vivre ensemble.

750 millions de francophones

Cette langue, pour beaucoup vestige de l’empire colonial, a été au centre de l’attention ce week-end à l’occasion du XVe sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) qui s’est tenu à Dakar. Cette ville, ô combien symbolique, est celle qui a vu naître Leopold Sédar Senghor, francophile dans l’âme alors même qu’il fondait aux cotés du martiniquais Aimé Césaire et du guyanais Léon Gontran Damas, le courant de la négritude.

Ce que Leopold Sédar Senghor avait compris, dès 1962 lorsqu’il propose à Bangui la construction d’un « Commonwealth » à la française, c’est que le français incarne un trait de liaison entre les peuples. Ceux-là même qui s’émancipaient alors un à un de l’emprise de la métropole coloniale. Cinquante ans plus tard, le réveil mondial de la francophonie auquel nous assistons semble lui donner raison. Enfin !

Mais Dakar, perle de l’Afrique de l’Ouest, incarne aussi cette francophonie dont la vieille Europe envie les 5% de croissance annuelle et qui promet à la France et à ses alliés linguistiques de nouvelles perspectives économiques. Car oui, après des années passées au second plan derrière l’anglais et même l’espagnol, le français est près à reprendre la place qui lui revient comme locomotive de notre croissance.

Jacques Attali le souligne d’ailleurs dans son rapport. Avec 750 millions de francophones en 2050, le français sera la deuxième langue transnationale la plus parlée dans le monde après l’anglais et devant l’arabe. Mais saurons-nous en tirer profit ? Y sommes-nous prêts ?

Une véritable union francophone

Car la proposition d’Attali n’est rien d’autre que ce que proposait déjà Leopold Sédar Senghor cinquante-deux ans auparavant :  une « union francophone », complémentaire à l’Union européenne, permettant des relations gagnants-gagnants avec les 77 pays aujourd’hui membres de l’Organisation internationale de la francophonie. Certains y voient là une utopie. Nous préférons y voir une aubaine économique pour la France, une opportunité qui ne saurait être niée.

Nous voilà donc à un moment charnière de notre histoire, alors même que nous traversons toujours des eaux troubles si caractéristiques de cette crise économique et sociale qui nous fait tant de mal. Et une fois n’est pas coutume, il nous appartient de ne pas louper le coche en transformant notre langue en fil rouge d’une interdépendance économique solidaire entre l’ensemble de ses locuteurs.

Pour y parvenir, il est urgent d’impulser une nouvelle dynamique de convergence des normes, des connaissances et des populations au sein de ce nouvel espace. Que notre unité de langue se transforme en unité politique et économique. Car c’est bel et bien ces deux critères qui nous font encore défaut : l’écosystème « francophonie » est aujourd’hui bien trop fragile, soumis aux intérêts passagers de chacune de ses 77 composantes.

Le français, langue de solidarité internationale

L’émergence d’un écosystème fort et fondé sur une réalité économique autour du français se fera par des outils qui sont manifestement à notre portée.

Les leviers de coopérations mobilisables ne sont pas inédits : harmonisations des normes, mutualisations de ressources et potentiels, investissements à l’échelle de la francophonie, création d’un programme d’échange étudiant miroir d’Erasmus et surtout facilitation des flux de personnes et de biens par l’assouplissement des conditions d’obtentions de visa, voire à terme la suppression pure et simple de cette obligation.

Ils devront simplement être actionnés de façon concomitante et au service d’un objectif commun. Nous en sommes convaincus, cette nouvelle union nous permettra de générer une valeur économique et culturelle partagée, véritable bouée de sauvetage pour une France, il faut bien l’avouer, en perte de vitesse sur la scène internationale.

Reste à espérer que les bonnes intentions formulées lors de ce sommet ne resteront pas lettres mortes, et qu’enfin le français soit, comme l’avait rêvé Leopold Sédar Senghor, langue de culture, de savoir, d’économie et de solidarité internationale. »

Be the first to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*