Loi Macron : des jours fériés selon les cultes en Outre-mer ? L’Hexagone doit faire pareil.

Papier-mache figures, dressed-up in wedding costumes, representing King Vaval and mocking France's right-wing opposition UMP leader Jean-Francois Cope (L) and former Prime minister Francois Fillon are burning at the end of the Carnival parade in Fort-de-France on the French Caribbean island of Martinique, on February 14, 2013.. AFP PHOTO/ JEAN-MICHEL ANDRE

Tribune publiée sur Le Plus – Nouvel Obs’

 

« Les travailleurs réunionnais seront-ils désormais de congés pour Divali, fête des lumières venue d’Inde ? Les Mahorais verront-ils l’arrivée sur le calendrier officiel de Maoulide, célébrant la naissance du prophète Mahomet ? Le mercredi des cendres où l’on célèbre dans les rues de Cayenne, en Guyane, les obsèques de Vaval, roi du carnaval, deviendra-t-il un jour férié en Guyane ?

La question est désormais sur toutes les lèvres depuis que l’Assemblée nationale a adopté un amendement à la fameuse loi Macron entérinant la possibilité d’une autre répartition des jours fériés dans les Outre-mer.

La concrétisation du vivre-ensemble

Élu d’un département que l’histoire a érigé en modèle de melting pot et de multiculturalisme, citoyen de Guyane où se croisent sur fond de forêt amazonienne des influences tant européennes, qu’africaines, ou encore sud-asiatiques, je souscris entièrement à la philosophie d’un tel partage, concrétisation de ce vivre-ensemble ultra-marin qui ne semble trouver son pareil nulle part ailleurs.

Le principe de cet amendement est d’affirmer que notre République doit s’unir dans sa diversité. En ce sens, la recherche d’unité nationale, que les tristes événements du mois dernier ont fait rejaillir des placards ne doit plus servir de prétexte à l’aveuglement collectif face à nos différences. Non, nos ancêtres ne sont pas tous gaulois, Non, nous ne nous retrouvons pas tous dans des racines judéo-chrétiennes. Si notre histoire commune et les valeurs fondamentales auxquelles nous croyons forment le socle de notre Nation, nos différences, qu’elles soient culturelles ou même cultuelles, enrichissent depuis des siècles déjà notre bagage commun.

Célébrer les identités multiples

Non, la France n’a pas à chercher à être une. Par contre elle doit être unie ! Unie tout en respectant la diversité de ses territoires comme dans celle de ses populations. N’est-il pas légitime alors de vouloir donner une base légale aux pratiques qui s’expriment sur les différentes parties du territoire de la République ?

Dès lors que l’on admet que les Outre-mer sont dépositaires d’identités propres et fortes qui, loin de les placer hors du champ républicain, en font des atouts, il semble naturel que notre République laïque leur permette de célébrer des fêtes en trait avec leurs cultures locales et reflétant ces identités.

Cette possibilité est d’ailleurs garantie par la Constitution de 1958.

Il n’est pas question d’opposer les cultures

Le piège consiste désormais en l’opposition des cultures, et surtout des cultes. On entend déjà s’élever les voix qui voudraient faire croire qu’une telle disposition viendrait à nier l’identité de la France et offrir des espaces publics d’expression aux religions dites minoritaires, voire aux communautarismes. C’est tout simplement faux, et dangereux.

C’est faux car en l’occurrence, l’idée même n’est pas de remplacer des fêtes religieuses par d’autres fêtes forcement religieuses mais bel et bien de substituer à certaines fêtes à caractère cultuel, des fêtes aux identités locales fortes, comme l’exemple du carnaval guyanais précité, où la fête des lumières réunionnaise, qui transcendent les religions et les communautés et se sont révélées depuis longtemps des vecteurs de cohésions sociales.

C’est dangereux, enfin, car cela revient à sous-entendre que les communautés sont dans nos territoires en opposition permanente et, in fine, à importer des conflits empoisonnés qui n’ont jamais trouvé refuge dans ces morceaux du pays France encore épargnés par ces luttes intercommunautaires qui gangrènent toujours plus notre société.

L’Hexagone devrait s’inspirer des Outre-mer

La plus belle preuve de cette paix sociale réside au final dans le soutien affiché par les évêques de la Guyane et de la Réunion, qui sont venus contredire les attaques de leurs homologues métropolitains, attisés sûrement par une droite et une extrême-droite qui, il faut bien l’avouer, n’ont jamais été très inspirées dès lors qu’il s’est agi de comprendre la richesse que nous procurent nos différences, en particulier celles issues des Outre-mer.

Une fois n’est pas coutume, l’Hexagone pourrait s’inspirer des Outre-mer, territoires aux équilibres certes fragiles, mais où chacun respecte l’autre en faisant preuve de l’empathie nécessaire.

Et quoi de mieux pour se comprendre que de célébrer nos différences, célébrer cet Autre, lors de jours fériés suffisamment marqués dans nos calendriers. »

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