Loi sur la biodiversité : Ségolène Royal, ne confisquez pas son destin à l’Outre-mer

© AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

Tribune publiée sur Le Plus – NouvelObs

Aujourd’hui arrive devant la représentation nationale l’un des textes les plus ambitieux de cette mandature. Ce projet de loi relatif à la biodiversité s’attaque en effet à la lourde tâche de réorganiser l’action publique en matière de protection mais surtout de reconquête de notre environnement. Malheureusement, comme souvent lorsqu’il s’agit de textes ambitieux, nombreuses seront les déceptions.

L’Outre-mer, c’est 80% de la biodiversité française

Il faut dire que concilier intérêts écologiques et économiques n’a jamais été une mince affaire. Les velléités publiques de « croissance verte » se heurtent systématiquement à des intérêts privés contradictoires, et ce alors même qu’il existe désormais un consensus au sein de la classe politique française autour de l’idée que notre développement ne pourra pas se réaliser sans intégrer de façon volontariste les préoccupations environnementales.

Qu’on se le dise, les plus déçus seront probablement, une fois de plus, les Outre-mer. L’ironie est assez savoureuse lorsqu’on considère que 80% de la biodiversité française se trouve pourtant en dehors de l’Hexagone.

Avec une telle concentration de la biodiversité nationale sur seulement 15% du territoire, tous s’attendaient pourtant à ce qu’une attention particulière soit portée à nos régions, départements et collectivités ultramarines.

Pourtant, de façon surprenante, ces territoires sont les parents pauvres du texte présenté aujourd’hui devant nous.

Des ambitions salutaires, mais…

Car si ce gouvernement se lance avec courage dans la lutte contre la phase d’extinction de masse de la biodiversité qu’a emprunté notre pays dans une indifférence quasi-générale depuis quelque années déjà, il faut bien avouer qu’une des composantes essentielles de l’équation semble avoir été oubliée. Je veux parler ici bien sur des populations riveraines de la biodiversité.

Je ne veux surtout pas remettre en cause ici les ambitions que vous vous êtes données. De nombreuses dispositions sont inédites en droit français et attendues depuis longtemps par les acteurs de la biodiversité comme par la société civile. Les principes de compensation de la perte de biodiversité et le régime de partage équitable des avantages (APA) en font partie.

Ce régime APA est particulièrement bienvenu en Guyane où les populations autochtones voyaient jusqu’à présent leurs ressources génétiques et leurs savoirs faire traditionnels exploités sans aucune contrepartie.

Là où le bât blesse, c’est indéniablement du côté de l’Agence française de la biodiversité (AFB), bras armé de votre projet de loi.

L’AFB, une super agence

Cette sorte de super-agence aura la lourde tâche d’assister techniquement et financièrement l’ensemble des acteurs de la biodiversité, et en particulier les collectivités, d’élaborer la politique de lutte contre le bio-piratage et organiser ce fameux régime APA. Elle sera donc naturellement amenée à développer une relation privilégiée avec les territoires réservoirs de biodiversité. En somme avec les Outre-mer.

Le problème, c’est que nulle part dans le texte il n’est assuré aux Outre-mer une représentation juste au sein des organes décisionnels de l’AFB. Nulle part. Au mieux leur promet-on des places d’observateurs. Ces territoires auront donc le droit d’assister, mais pas de décider, alors même qu’ils sont détenteurs de l’immense majorité du trésor écologique national.

C’est là un nouveau camouflet pour ces collectivités aux forts retards de développement où le tout-protection voulu par les dictats européens est déjà difficilement acceptable pour les populations locales qui aspirent on ne peut plus légitimement à exploiter leurs ressources naturelles.

L’AFB doit permettre aux ultramarins d’avoir leur destin en main

C’est pourtant grâce à l’Outre-mer, que la France possède le 2ème domaine maritime mondial, incluant 55.000 km2 de récifs coralliens et lagons. C’est grâce à l’Outre-mer qu’elle détient 83.000 km2 de forêt Amazonienne, véritable « poumon » de la planète. C’est toujours grâce à l’Outre-mer qu’elle est présente dans cinq « hot-spots » de la biodiversité : un record mondial. C’est bien simple, plus de 98% de la faune vertébrée et 96% des plantes endémiques à la France relèvent de l’Outre-mer.

Comment expliquer alors que le passage en commission de ce texte n’ait pas permis de prévoir une gouvernance pour l’AFB assurant aux représentants et spécialistes de ces territoires une place de choix, ou à défaut une représentation juste au regard de leur participation au patrimoine naturel national ?

Ce n’est pourtant pas faute de vous avoir entendu, Madame la Ministre, répéter à l’envi l’importance des territoires ultra-marins pour la biodiversité et pour la croissance verte. Mais pour leur attribuer quel rôle au final ? Certainement pas celui d’acteurs de leur propre destin.

Un grand défi pour tous

Pourtant si l’on souhaite vraiment enclencher une nouvelle dynamique « verte », il est indispensable que les populations s’emparent des outils mis à leur disposition. Que l’on comprenne enfin que toute politique publique de protection environnementale est vouée à l’échec si l’on oublie qu’il est question avant tout de bassins de vie autour de la nature.

La protection de notre environnement ne peut être qu’un enjeu de style. C’est un élément fondamental de cohésion sociale qui nécessite une véritable appropriation de la biodiversité par les populations de ces bassins de vie. Cela est valable en France hexagonale comme en Outre-mer.

Les Outre-mer sont prêts à relever le grand défi du XXIe siècle qu’est la croissance verte et veulent montrer au reste de la France l’exemple du possible. Ils ne demandent pour ça qu’à être mieux valorisés et être traités avec équité.

Ce gouvernement a toujours pu compter sur mon soutien, il l’aura une fois de plus sur ce texte, le plus important surement pour la Guyane, département recouvert à 97% par la forêt amazonienne et abritant sur un sixième du territoire 50% de la biodiversité nationale.

Toutefois, ce soutien sera évidemment conditionné à l’assurance que les représentants de l’Outre-mer soient représentés de façon juste et équitable dans toute instance amenée à connaitre de leur patrimoine naturel.

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