Outre-mer : 1 personne sur 12 vit dans un bidonville. Pourtant c’est aussi la France !

Tribune à retrouver sur Le Plus – Nouvel Obs’

« Comment pouvons-nous continuer à lancer des fusées sur fond de bidonvilles ? »

Ces mots, prononcés par François Mitterrand un 11 septembre 1985 alors qu’il assiste à un lancement d’Ariane 3 depuis Kourou résonnent encore, trois décennies plus tard, comme un constat d’échec collectif.

Le logement, un cauchemar en Outre-mer

En ce 5 novembre 2014, et alors que nous nous apprêtons à voter le volet « égalité des territoires et logement », juste après le volet « Outre-mer » du projet de loi de finances pour 2015, il semble impossible pour les élus ultra-marins de ne pas ressentir ce goût amer qui caractérise si bien le sentiment d’impuissance face à une situation que l’on ne contrôle plus.

Il faut dire que la problématique du logement, qui figure parmi les premières préoccupations des Français, s’est vite révélée être un cauchemar de l’autre côté des océans. Quels que soient les océans d’ailleurs.

On estime ainsi à 100.000 le nombre de logements manquants en Outre-mer, pour une population de 2,7 millions d’habitants. Et face à une démographie galopante, peu aidée par une paupérisation de la population, aucun des gouvernements successifs, qu’ils soient de droite ou de gauche, n’a été, et ne semble, capable de résoudre ce casse-tête.

Un quotidien d’insalubrité chronique

« Bidonvilles ». Ce terme employé par Mitterrand fait peur. L’administration lui préfère « zones d’habitat informel », ou encore « zones d’habitat spontané ». Il traduit pourtant parfaitement la triste réalité de dizaines de milliers d’ultra-marins, là où hier encore, il n’était confiné qu’à une poignée de clandestins, à l’image des camps de roms ou de migrants clairsemés aux quatre coins de l’hexagone.

C’est bien simple, si l’on estime à 17.000 le nombre de personnes vivant dans des bidonvilles en France hexagonale (soit une personne sur 3.647), la situation est tout autre par ailleurs, puisqu’ils sont plus de 150.000 rien qu’en Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion (un sur 12, soit 300 fois plus).

150.000 âmes, certaines citoyennes françaises, d’autres pas, dont le quotidien s’écrit sur fond d’insalubrité chronique, bien souvent sans accès aux services publics fondamentaux que sont l’électricité, l’eau potable où l’évacuation des eaux usées. Un quotidien qu’un ministre en déplacement il y’a quelques semaines qualifiait encore, hors caméra, « d’indigne de la République ».

Une situation intolérable

Ce quotidien est particulièrement rude, une fois n’est pas coutume, en Guyane, où la faiblesse des revenus, la précarité de l’emploi, la difficulté d’accession au sol et l’extrême difficulté de bénéficier d’un logement social expliquent un passage au marché de l’insalubre d’une partie toujours plus grande de la population.

Chaque jour, sont plus nombreuses les victimes de faux-propriétaires terriens déguisés en bons samaritains et de marchands de sommeil peu scrupuleux. Chaque jour également, des citoyens lambda, sans histoires, las de vivre dans des logements familiaux surpeuplés se tournent, faute de mieux, vers l’habitat illicite.

Ainsi en Guyane française, 13% des logements sont dépourvus d’électricité, 20% d’accès à l’eau potable et 60% de raccordement au tout-à-l’égout.

Qui peut encore le tolérer ? Qui peut accepter qu’une partie de la population soit tenue à l’écart de la loi républicaine, celle-là même qui élève le droit au logement au rang de droit fondamental opposable à l’État et à ses administrations ? Pour des milliers de personnes, ce droit relève plus de la fiction que de la réalité.

Nos populations ont soif d’équité

Pourtant, permettre à nos populations de vivre dans des conditions décentes et dignes doit être la priorité absolue de notre engagement politique. Surtout sur le territoire de la Nation des droits de l’Homme.

Et puis à quoi bon lutter contre les phénomènes de violence, à quoi bon lutter contre l’échec scolaire, à quoi bon tenter de réparer le climat social dégradé si l’on ne s’attaque pas à la source commune à tous ces problèmes, le mal logement et le malaise social qui en découle ?

À quoi bon parler de transition énergique et de croissance verte, quand une partie de notre population n’a tout simplement pas accès à l’électricité et au confort de base qui en découle ?

Avec 20.000 logements indignes à l’échelle du territoire guyanais, le coût global d’intervention pour leur mise aux normes et leur desserte seraient de l’ordre de 600 millions d’euros alors qu’une inaction jusqu’en 2020 majorerait ce coût de 250 millions.

À ceux qui nous opposeraient la nécessité pour tous les territoires de participer à la même hauteur aux efforts budgétaires, je leur répondrai que ce n’est pas d’égalité dont nos populations ont soif, mais d’équité.

Les ultra-marins, savant mélanges multicolores, fruit d’un brassage de toutes les cultures, de toutes les histoires, de tous les espoirs, ne sauraient être les sacrifiés sur l’autel de l’austérité et des restrictions budgétaires. Aujourd’hui, il revient aux parlementaires guyanais, calédoniens, martiniquais, guadeloupéens, mahorais, polynésiens, Saint-Pierrois et miquelonais, de le rappeler au gouvernement et au reste de la représentation nationale.

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