Violence et criminalité : la Guyane fait pire que Marseille, mais personne n’en parle

Tribune publiée sur Le Plus – NouvelObs

« Le nouveau far-west français », tel fut le sobriquet retenu par une émission d’investigation largement diffusée et rediffusée pour qualifier la Guyane, provoquant immédiatement un tollé d’indignations sur le plan local, tant par les populations que par leurs élus.

Comment admettre que soit perpétuée une image si ingrate de ce département, grand comme le Portugal, ayant donné à la France d’illustres hommes tels que Léon Gontran Damas ou encore Gaston Monnerville et offrant à l’Europe une porte d’entrée sur l’Amazonie et au-delà, sur toute l’Amérique du sud.

Comment oublier que ce morceau d’Europe regorge de toutes les richesses, qu’il s’agisse de sa population, fruit d’un savant mélange de toutes les cultures, de sa biodiversité, qui ne trouve son pareil nulle part ailleurs ou de son sous-sol, qui regorge de minerais tant convoités, notamment l’or et le pétrole ?

Marseille fait presque figure de bon élève par rapport à la Guyane

Et pourtant. Alors que nous sommes bien ancrés dans le XXIe siècle et que nous lançons depuis Kourou et Sinnamary trois types de fusées (Ariane, Vega et Soyouz), force est de constater que la Guyane n’hérite pas toujours de la place qui devrait lui revenir au sein de la nation française et ce, dans une quasi indifférence générale.

L’élection de François Hollande, plébiscité par les Guyanais, a pourtant fait naître de nombreux espoirs. Sa volonté affichée de faire de la lutte contre les inégalités territoriales une des priorités de son action s’est traduite par le dessein d’un effort accru contre la fracture observée entre les outre-mer et la France hexagonale. Pour l’instant nous en sommes loin.

Comment expliquer aux Guyanais le traitement superficiel des données catastrophiques de la délinquance tant de la part des médias que des institutions ? En un an, ces chiffres ont bondi de 29% pour les atteintes aux personnes, 27% pour les violences sexuelles et 26% pour ce qui est des meurtres et tentatives de meurtres.

Comment leur dire qu’alors que la Guyane connaît un taux à peine croyable de 10,2 homicides volontaires pour 100.000 habitants, cette situation est passée sous silence au profit de reportages sensationnalistes sur Marseille, qui ferait, par comparaison, presque figure de bon élève (2,8 homicides volontaires pour 100.000 habitants dans les Bouches-du-Rhône soit près de quatre fois moins qu’en Guyane).
Pas de grand banditisme, mais des orpailleurs clandestins

Certes, pour l’instant la délinquance en Guyane n’est pas le fait du grand banditisme. Elle demeure le corollaire d’une réalité bien plus sournoise : le pillage systématique des ressources, principalement par les orpailleurs clandestins.

Que penser du tapage médiatique, bien souvent prétexte aux propos frôlant la xénophobie, autour de la situation des Roms, que l’on estime à 15.000, dans un pays peuplé par 62 millions d’habitants, quand n’est jamais abordée celle des 15.000 garimpeiros (orpailleurs clandestins le plus souvent d’origine brésilienne) opérant sur le territoire guyanais, peuplé, rappelons-le, de 250.000 habitants.

Bien loin des nuisances à l’ordre public observées en Hexagone, cette industrie parallèle majeure, qui compte près de 700 sites d’orpaillages illégaux, jusqu’au cœur du Parc national amazonien de Guyane, est à l’origine directe de la destruction de la forêt amazonienne et de la pollution durable des cours d’eaux par le déversement systématique de métaux lourds particulièrement nocifs pour la santé, à savoir le mercure et le cyanure. Pourtant, de ces cours d’eaux dépendent la survie des populations riveraines, en particulier les peuples premiers que sont les Amérindiens et les Bushinengués.

Un eldorado oublié

Les tentatives d’alerte, qui se sont multipliées ces dernières années, tant par les élus, la société civile ou les associations de protection de l’environnement et d’entraide sociale, n’ont pas été suivies des effets escomptés. Et, en dépit des efforts déployés, la Guyane continue de souffrir d’un vrai déficit d’image. Pour autant, cela ne doit nullement condamner irrémédiablement les jeunes Guyanais à subir des inégalités de destins du fait de leur territoire de naissance ou de résidence.

Rêvons donc d’un temps prochain où la Guyane, Amazonie française, pourra se défaire de cette marque de l’impossible pour assumer son rôle de locomotive dynamique de la croissance. Il est temps que le gouvernement, les institutions et les médias agissent de concert afin de faire prendre conscience de la manière dont ce véritable joyau d’Amazonie contribue au rayonnement économique de la République.

Car, entre la proximité avec le géant brésilien, les ressources de la mer, la biodiversité de la forêt, la base spatiale, les ressources du sous-sol, le pétrole et surtout sa jeunesse pleine de vie, ce ne sont pas les atouts qui manquent, mais simplement une ambition partagée.

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